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Mort d’un militant d’extrême droite : 

ce que ce drame révèle.

 

Un jeune homme est mort dans nos rues. C’est un drame que rien ne justifie.
 
Mais ce drame était prévisible.
 
Je suis députée d’une ville qui connaît cette menace mieux que beaucoup d’autres. La droite radicale est implantée ici depuis les années 1930. Le GRECE, matrice de la “Nouvelle Droite”, est né à Lyon. Des enseignants négationnistes ont professé dans nos universités. Les identitaires ont installé leurs locaux dans le Vieux Lyon. Plus d’une centaine d’agressions d’extrême droite ont été recensées depuis 2010. En 2019, le renseignement territorial désignait Lyon comme le « berceau » de l’activisme d’extrême droite en France.

 

Oui, l’Etat a failli dans la lutte contre ces groupuscules. 

 
Pendant des années, aux côtés du Maire de Lyon, nous avons demandé leur dissolution et la fermeture de leurs locaux. L’Etat a laissé prospérer des groupes violents qui ont multiplié les attaques : lors des manifestations LGBTI, contre les droits des femmes, contre des bars, des librairies, des lieux associatifs porteurs de solidarité et d’inclusion. Car c’est cela qu’ils rejettent : la solidarité comme boussole, la liberté d’être et d’aimer qui on veut, l’émancipation des femmes et des minorités. C’est dans notre ville que selon notre couleur de peau ou notre orientation sexuelle, il est des rues qu’il vaut mieux éviter.

 

C’est face à ce danger qu’est né l’antifascisme, celui de ceux et de celles qui ont résisté quand l’humanité de nos frères et de nos sœurs était niée. L’antifascisme est né pour empêcher la violence fasciste et pour protéger celles et ceux qui en sont menacés. Nous condamnons sans détour la violence qui tue dans nos rues. L’antifascisme ne doit pas mener à la mort. 

 

Quand les fascistes et ceux qui se revendiquent de l’antifascisme s’affrontent, c’est à l’Etat d’empêcher l’escalade. C’est à lui de prévenir, et protéger. Où était-il, ce soir-là ? Où était-il alors que le risque lui avait été signalé ? 

 

Ce soir-là, un militant d’extrême droite est mort.
Ce qui s’est passé ensuite mérite qu’on s’y arrête.

 

On a vu des saluts nazis en plein cœur de Lyon
Une manifestation autorisée par le gouvernement. Des militants d’extrême droite venus de toute l’Europe défiler dans nos quartiers. Des insultes homophobes, racistes. Des tags islamophobes sur une mosquée. Des locaux syndicaux et des permanences politiques dégradés, menacés. L’autorisation de cette marche, c’est une énième légitimation d’une idéologie mortifère.

 

Et face à cela, qu’a-t-on entendu ? Que le problème, c’était la gauche. Que le danger venait de ceux qui combattent le fascisme, pas de ceux qui le portent.

 

C’est cela, l’inversion.

 
Ce qui rend l’inversion possible, c’est d’abord une extrême droite qui se drape dans la respectabilité : costumes, « marches blanches », posture victimaire… alors qu’elle reste l’héritière d’une histoire qui tue. Une extrême droite qui veut faire oublier qui compose ses rangs : en 2024, plusieurs candidats investis par le Rassemblement national ont été épinglés pour des propos racistes, antisémites ou complotistes, des anciens du Groupe Union Défense – connu sous l’acronyme GUD, groupuscule violent dissous à plusieurs reprises, gravitent encore dans certaines sphères politiques. Cette extrême droite lisse son langage, et négocie avec les macronistes (qui lui offrent sur un plateau!) des places de vice-présidents à l’Assemblée nationale. C’est le cordon sanitaire qui, lentement, sûrement, brûle.

 

C’est ensuite des irresponsables qui préfèrent criminaliser la gauche plutôt qu’affronter le fascisme. Aujourd’hui la France insoumise ; demain les Ecologistes ; après-demain, quiconque voudra transformer notre société pour la rendre plus juste.  Tout cela ne date pas d’aujourd’hui : déjà en 2024, on entendait que la France insoumise devait sortir de l’arc républicain, déjà les militants écologistes étaient qualifiés d’éco-terroristes. Tout ceci est une stratégie bien huilée par le pouvoir en place qui craint qu’une gauche qui assume un modèle de rupture ne vienne menacer l’immobilisme dans lequel ils nous ont empêtrés. 
 
Et c’est enfin ce que trop peu de gens nomment : regardez qui défile, regardez qui agresse.

 

Ces groupuscules ne sont pas seulement fascistes. Ils sont masculinistes. 

 
Ceux qui attaquent les mosquées attaquent aussi les droits des femmes. Ceux qui veulent interdire l’IVG défilent avec des battes de baseball. Le masculinisme est le carburant du fascisme. Leur violence est celle de la violence patriarcale poussée à son paroxysme : une violence qui pense que le pouvoir appartient à celui qui frappe. C’est un projet politique de domination. Il ne cherche pas à se défendre : il cherche à restaurer une hiérarchie. Une hiérarchie entre ceux d’ici et ceux d’ailleurs, entre les hommes et les femmes, entre une soi-disant norme, et les autres.

 

Le féminisme est une digue, une digue qui nous protège, et une digue résolument anti-fasciste. Chaque espace retiré au patriarcat est un espace arraché au fascisme.
 
Marc Bloch, historien lyonnais et résistant, écrivait que ce ne sont pas seulement les fascistes qui font tomber les démocraties, mais aussi ceux qui refusent de les combattre. Il entrera au Panthéon en juin 2026. Sa famille a demandé que l’extrême droite soit exclue de la cérémonie. Comment ne pas entendre cet écho, quand des saluts nazis s’élèvent en plein jour dans la ville où il a été livré à la mort ?
 
Entre la colline qui prie et la colline qui travaille, c’est à Lyon que la Résistance a tenu. C’est ici qu’elle tiendra encore. La violence ne gagnera pas. Pas ici. Pas tant que nous refuserons de baisser les yeux.

 

Marie-Charlotte Garin

 
 
 

 

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