Haro sur le 1er mai.
Vous en avez sans doute entendu parler ces derniers jours : les macronistes, avec le soutien de la droite et du MEDEF, proposent aujourd’hui de permettre à certains secteurs de faire travailler leurs salarié·es le 1er mai.
On essaie de nous vendre cela comme une mesure de bon sens, destinée à “aider les petits commerces”.
C’est faux.
Les artisans peuvent déjà ouvrir le 1er mai ; la seule limite est de ne pas faire travailler leurs salarié·es. La loi actuelle fonctionne, et les sanctions sont extrêmement rares. L’argument d’“insécurité juridique” ne tient pas. En réalité, cette réforme vise surtout à permettre aux grandes enseignes de généraliser l’ouverture avec du personnel, et donc à imposer leur modèle à l’ensemble du commerce.
Le cœur du problème est ailleurs : ce texte remet en cause le caractère exceptionnel du 1er mai.
C’est aujourd’hui le seul jour férié obligatoirement chômé et payé. Ce n’est pas un détail technique du droit du travail, c’est une conquête sociale majeure, issue de plus d’un siècle de luttes.
Y toucher, même à la marge, c’est ouvrir une brèche dans un principe fondamental.
Ses défenseurs avancent l’idée d’un “volontariat” des salarié·es.
Là encore, il faut être sérieux : dans un lien de subordination, le volontariat est fragile par nature, et refuser de travailler n’est jamais un acte neutre. C’est prendre un risque vis-à-vis de son employeur, de son embauche ou de son évolution. Et même sur le plan juridique, les garanties prévues restent incomplètes et insuffisamment protectrices.
Autre argument avancé : la rémunération.
On laisse entendre que travailler le 1er mai serait financièrement avantageux. C’est trompeur. Le 1er mai est déjà payé, sans être travaillé. Faire travailler ce jour-là, ce n’est pas accorder un avantage supplémentaire, c’est supprimer un droit existant et ajouter une journée de travail.
Enfin, il faut regarder la structure même du texte.
Derrière un périmètre en apparence limité, les critères retenus sont flous et évolutifs : “activité principale”, “usage traditionnel”, renvoi à des décrets pour préciser le champ d’application.
Autrement dit, le cadre posé aujourd’hui pourra être élargi demain.
C’est une mécanique bien connue : on commence par des exceptions, puis on les étend progressivement jusqu’à banaliser ce qui devait rester exceptionnel. C’était déjà le cas avec le travail du dimanche. Quelques années plus tard, le constat est sans appel : le travail dominical s’est largement banalisé, et des milliers de Français ont perdu leur droit au repos.
Ce débat dépasse largement la question du 1er mai.
Il révèle une orientation politique constante : celle d’une société où le travail doit s’imposer partout, tout le temps, et où les droits collectifs sont progressivement érodés au nom de la flexibilité économique.
Depuis les retraites jusqu’aux attaques répétées contre les jours fériés, la logique est la même. Les arguments pour convaincre sont les mêmes.
Bien sûr, cette proposition de loi trouve un écho chez certains salariés.
Face à l’augmentation du coût de la vie, un jour de salaire en plus peut sembler attractif. Mais au lieu d’augmenter les salaires, de lutter contre l’inflation, d’améliorer les conditions de travail, on propose de rogner encore sur des droits existants.
Refuser cette proposition de loi, ce n’est pas refuser le changement, c’est défendre une limite.
Une des rares qui subsistent encore dans notre droit du travail. Le 1er mai doit rester ce qu’il est : un jour à part, un jour de repos garanti, un jour qui rappelle que les patrons n’ont pas tous les droits.
Et que les travailleurs en ont encore.
Marie-Charlotte Garin