Face à l’antisémitisme, ne pas se tromper de réponse.
L’antisémitisme tue. Il fracture. Il ronge notre société de l’intérieur. Des familles ont peur. Des enfants cachent leur identité. Des lieux de culte sont menacés.
Face à cela, il n’y a aucune ambiguïté possible : la République doit protéger, sans faillir.
C’est dans ce contexte qu’a été déposée une proposition de loi visant à “lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme”. Si l’intention affichée peut sembler légitime, le texte pose de sérieux problèmes. Car la justesse de la cause ne suffit pas, encore faut-il que les moyens soient à la hauteur.
Une question simple doit nous guider : que protège-t-on exactement ?
L’antisémitisme est une haine, celle des Juifs, pour ce qu’ils sont. C’est une réalité historique, violente, persistante. Mais ce texte ne se contente pas de viser cette haine : il élargit son périmètre à des propos ou des positions qui relèvent de la critique politique. C’est là que se situe le problème central.
Parce que non, critiquer la politique du gouvernement israélien n’est pas être antisémite.
Critiquer un État, ses choix, ses dirigeants, relève du débat démocratique. En brouillant cette frontière, le texte introduit une confusion dangereuse. Il ne clarifie pas la lutte contre l’antisémitisme, il la rend plus fragile.
Une loi pénale doit aussi être précise. Elle doit dire clairement ce qu’elle interdit. Ici, le risque est immense : celui d’ouvrir la voie à des interprétations extensives, à une forme d’autocensure, à une judiciarisation de prises de position politiques.
Dans un moment de tensions internationales très fortes, notre responsabilité en tant que législateurs est immense. Nous ne pouvons pas nous permettre d’entretenir la confusion entre judaïsme, judaïté, sionisme et État d’Israël. En ne posant pas clairement ces distinctions, le texte prend le risque d’alimenter les amalgames qu’il prétend combattre. C’est une erreur politique majeure.
Une lutte crédible contre l’antisémitisme repose sur une ligne claire, incontestable, partagée. Si cette lutte apparaît comme instrumentalisée, elle perd en force. Et ce sont, au final, les personnes juives qui en subissent les conséquences.
Renforcer le droit pénal n’est pas non plus, en soi, une réponse suffisante. Des outils existent déjà. La question est celle de leur application, des moyens donnés à la justice, de l’accompagnement des victimes, de l’éducation, de la régulation des plateformes numériques. C’est là que se joue l’efficacité réelle.
En l’état, ce texte ne répond pas à ces enjeux. Il déplace le problème sans le résoudre. Pire, il risque d’en créer de nouveaux.
Nous devons tenir une ligne exigeante : une fermeté absolue contre l’antisémitisme, sous toutes ses formes, et une exigence tout aussi forte sur les libertés publiques. L’un ne peut pas se faire au détriment de l’autre.
L’État de droit est garant de l’égalité et de la protection de chacune et chacun. Protéger ne doit jamais conduire à le fragiliser.