Derrière la “souveraineté agricole”, le retour du vieux monde.
Le Gouvernement présente son projet de loi “d’urgence agricole” comme une réponse à la crise du monde paysan. Mais derrière les discours sur la “souveraineté alimentaire”, ce texte organise surtout la poursuite du modèle agricole industriel qui nous a conduits dans l’impasse.
Au moment même où éclate le scandale du cadmium, où les Français découvrent l’ampleur des contaminations de notre alimentation et de nos sols, le Gouvernement choisit encore la même direction : moins de règles environnementales, plus de dérégulation, plus de stockage massif de l’eau, plus de facilités pour les projets industriels.
Toujours le même logiciel : produire plus, plus vite, avec moins de règles.
Et cela alors même que les agriculteurs sont les premières victimes de ce système : explosion des coûts de production, dépendance aux importations, pression de la grande distribution, crises climatiques à répétition, effondrement de la biodiversité.
Pour comprendre où ce texte veut emmener notre agriculture, regardons par exemple les élevages qu’il choisit de soutenir.
Aujourd’hui, toutes les autorités scientifiques convergent : l’ANSES, le Haut Conseil pour le climat, l’IPBES disent la même chose. Pour respecter nos objectifs climatiques, protéger l’eau, les sols et la biodiversité, les pays européens devront réduire progressivement leur consommation de produits d’origine animale industriels et transformer leurs modèles d’élevage.
Ce texte envoie exactement le signal inverse : on assiste une nouvelle fois à une alliance entre la droite, l’extrême droite et le bloc central pour faire adopter par exemple une disposition très grave pour faciliter les dérogations environnementales accordées aux “projets d’avenir agricole”. Derrière cette formule technocratique, il y a une réalité très concrète : ouvrir encore davantage la voie aux mégas-élevages industriels.
Des milliers d’animaux enfermés dans des bâtiments sans accès au plein air. Des élevages dépendants du soja importé d’Amérique du Sud, souvent lié à la déforestation. Des modèles extrêmement consommateurs d’eau et fortement émetteurs de gaz à effet de serre.
Et demain, ces projets pourraient bénéficier d’un accompagnement prioritaire de l’État.
Nous refusons que l’argent public serve à financer cela.
Parce qu’aujourd’hui, la moitié des céréales produites en Europe sert à nourrir les animaux d’élevage. Parce que notre dépendance au soja importé fragilise notre souveraineté alimentaire. Parce que ce modèle détruit les forêts, épuise les ressources et enferme les agriculteurs dans une dépendance permanente.
Nous voulons sortir de ce système absurde qui détruit à la fois les agriculteurs et les animaux.
Et contrairement aux caricatures déjà entendues : non, il ne s’agit pas “d’interdire la viande” Il s’agit d’organiser progressivement une alimentation plus saine, plus diversifiée, moins dépendante de l’élevage industriel.
Derrière cette loi agricole, il y a en réalité deux visions du futur.
La leur : toujours plus d’industrialisation, de dérégulation et de dépendance aux logiques productivistes.
La nôtre : une agriculture paysanne, écologique, qui permette enfin aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail sans sacrifier les animaux, l’eau, les sols et la biodiversité.
Marie-Charlotte Garin